Compte rendu de la soirée débat sur les nanotechnologies du 16/03/2010
Écrit par Nathalie Lundi, 05 Avril 2010 10:34
Compte rendu de la soirée débat organisée par la locale de Bruxelles sur les nanotechnologies le 16/03/2010 : Les nanotechnologies : Small is beautiful ?
Les nanotechnologies envahissent notre quotidien à notre insu ! Les nanoparticules, ces particules ultrafines de l’ordre du milliardième de mètre (taille de l’atome) s’introduisent sans crier gare dans notre environnement et notre corps. De par leurs propriétés physiques ou chimiques extraordinaires, l’industrie s’en est emparé et des milliers d’applications existent déjà ou sont en préparation. Les nanoparticules se retrouvent aujourd’hui dans notre électroménager, nos articles de sport, la microélectronique, les revêtements, les biocides mais aussi dans les produits entrant dans notre intimité : cosmétiques, crèmes solaires, produits d’hygiène corporelle, textiles… et même dans nos aliments via les emballages, films plastiques, colorants et autres conservateurs…
Cette introduction s’opère sans aucune information des consommateurs et en dehors de tout cadre législatif : le marché fait la loi !
Pourtant, de nombreux scientifiques tirent la sonnette d’alarme : les nanoparticules présenteraient des dangers dont nous ne mesurons pas encore toutes les conséquences. Trop fines, ces particules passent nos barrières biologiques, affectant ainsi le comportement de nos cellules. De plus, elles possèdent des propriétés chimiques et physiques bien différentes de leurs équivalents naturels, laissant présager d’une certaine toxicité.
Les membres de la locale de Bruxelles ont voulu faire le tour de la question ! En collaboration avec le cercle des étudiants écolos de l’ULB et quelques citoyens avertis, ils ont lancé un véritable débat public.
Ils ont rassemblé tout le monde autour de la table : les scientifiques, les industriels, les associations de consommateurs et les politiciens. Ainsi étaient présents : Paul Lannoye (ancien député européen des Verts, fondateur du Grappe - Groupe de Réflexion et d'Action Pour une Politique Ecologique), Thérèse Snoy (Ecolo, présidente de la commission santé du Sénat), Olivia P’tito (PS, membre effective de la Commission Environnement du Parlement bruxellois), Francis Massin (Managing Director de la S.A. Nanocyl), Jacques de Gerlache (Toxicologue Solvay), Dominique Lison de l'Unité de toxicologie industrielle et de médecine du travail (UCL), Benoit Nemery (Research Unit of Lung Toxicology KUL), Marc Vandercammen (CRIOC) et Marc Fichers (Nature & Progrès). Philippe Lamotte, journaliste, a assuré l’animation de la soirée.
Comme l'a bien synthétisé Monsieur Lannoye des préoccupation majeures imposent qu’ un débat complet soit mené et non pas des caricatures de débat, comme ceux qui ont eu lieu en France, mené pour cautionner des choix faits à l'avance.
Ces préoccupations majeures relatives au développement des nanotechnologies sont au nombre de cinq :
- Les risques potentiels sur la santé et l’environnement. En effet, par leur petite taille et leur structure très différente les nanoparticules présentent une réactivité extrême et une capacité à franchir les barrières biologiques (comme la barrière hémato-encéphalique). Il en découle des risques de toxicité plus grandes qu’avec leurs équivalents non-nano..
- L’émergence de propriétés nouvelles encore totalement inconnues mériterait au moins une grande prudence face à cette technologie.
- Le caractère invisible et diffus des nanodispositifs électroniques (nano-puces, RFID1, etc.) pose un réel problème de protection de la vie privée et de la démocratie.
- L’ abolition potentielle de la frontière entre le vivant et l’inanimé pose des problèmes éthiques ne pouvant pas être minimisés.
- La convergence des nanotechnologies, des biotechnologies et des technologies de l’information2 ioncentrant un pouvoir énorme aux mains de l’industrie est extrêmement préoccupant pour notre société.
Une seconde intervention marquante a été celle de Monsieur Lison, toxicologue. Monsieur Lison constate que les toxicologues ont toujours une longueur de retard par rapport aux développements technologiques et à l’industrie. Aujourd'hui les nanoparticules sont déjà largement rependues sur le marché et c’est seulement avec un grand retard, que l’on commence à s’interroger sur les dangers et à penser à faire des tests toxicologiques. De plus, devant l'immense diversité des nanoéléments qui sont développés et mis sur le marché, la tâche d'évaluation de leur toxicité est gigantesque ! Il existe par exemple pour l'oxyde de zinc une trentaine de nanoparticules complètement différentes qui nécessitent chacune une évaluation séparée.
Les gouvernements, les organisations internationales se sont récemment réveillés et sont très préoccupés par les impacts des nanoparticules sur la santé et l'environnement. Des budgets de plus en plus importants sont consacrés à la recherche toxicologique des nanotechnologies mais ceux-ci restent encore microscopiques par rapport aux budgets recherche et développement de l’industrie (un pourcent du budget consacré aux nanotechnologies). Malheureusement cet argent est majoritairement consacré à faire de la toxicologie réglementaire et à classer et étiqueter les substances plutôt que de comprendre le mécanisme d'action de la toxicité. Il faudrait donc changer le processus de recherche afin que dès le moment où se développe une nouvelle nanoparticule, un nouvel nano-objet,…on analyse immédiatement leur impact sur la santé et l'environnement.
Lors de son intervention, Marc Fichers notre Secrétaire Général, insiste sur l’importance des éléments suivants :
- Information des citoyens ;
- Evaluation en toute indépendance des risques potentiels liés aux nanosubstances et des nano-objets;
- Nécessité de légiférer pour cadenasser les orientations de la recherche et de l'industrie et pour les responsabiliser.
Le public a été fort attentif et n’a pas hésité lors du débat qui a suivi à interpeller nos différents intervenants.
En dehors des éléments de dangers environnementaux et risques pour la santé des questions naissent aussi dans le public sur la nécessité de cette perpétuelle course à la nouveauté technologique et à ce qu’elle nous apporte en terme de réel « bonheur »….Une invitation à s’interroger sur la notion de progrès… A méditer !
Quoiqu’il en soit la locale de Bruxelles ne compte pas s’arrêter là et désire qu’une grande campagne de sensibilisation s’organise….
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1 : RFID = Radio Frequency Identification. Petite puce grosse comme une tête d'épingle qui pourrait bien envahir d’ici peu notre quotidien. Intégrée dans des étiquettes « intelligentes », elle permet de communiquer à distance avec les objets et/ou les êtres vivants.
2 : Ce qu’on appelle les NBIC : Nanotechnology, Biotechnology, Information technology et Cognitive science.



